Aux 5 coins, Blaise Cendrars

Oser et faire du bruit
Tout est couleur mouvement explosion lumière
La vie fleurit aux fenêtres du soleil
Qui se fond dans ma bouche
Je suis mûr
Et je tombe translucide dans la rue 

Tu parles, mon vieux 

Je ne sais pas ouvrir les yeux ?
Bouche d’or
La poésie est en jeu 

Février 1914 

Blaise Cendrars, Du monde entier, Poésies complètes : 1912-1924, Paris, Poésie / Gallimard, 1947

Un livre de poésie trouvé par bonheur dans une boîte à livres, en rentrant de la ville.

Herbe ondoyante

Herbe ondoyante

Sous les doigts de ton pianiste

Tu t’élances au ciel

Un air entêtant

Chuchoté par la tempête

Ton coeur s’échappe

Les vagues te rejettent

Tu n’existes déjà plus

Comme impalpable

Au son de son âme

Encore quelques accords

Plonger dans l’extase

D’un souffle d’argent

Il s’envole l’air de rien

Feint ou irréel

Champ de pâquerettes

Tes tapis de nuages

Si tu sombres

Un vent de larmes

Effleure mon visage froid

L’année de l’hiver

Emmanuelle de Dardel 22 05 2023

Quand le Poème naît, Evelyne Laurence

Quand le Poème naît, tu sens toutes les phases
Toutes les voluptés des amoureux combats,
Tous les frémissements des fébriles ébats
Diviniser tes sens émus jusqu’à l’extase.

Tu sens que se refuse et se livre une proie
Rétive puis soudain docile à ton désir.
Déjà ta vie extrême a quitté le plaisir
Et se dilate impondérable dans la Joie.

En quelle sphère ardente et vierge viens-tu fondre
L’impérieux besoin qui t’intime d’aimer
Et, par-delà les mots sensibles, d’assumer
Ce miracle du Feu, ce baptême de l’onde?

Quand le poème t’offre un fabuleux séjour,
Tout s’érige pour toi délices, jouissance.
L’infini, l’absolu t’ouvrent la connaissance…
– Avec quel Etre occulte est-il acte d’amour?…

(Lieux où souffle l’Esprit)

Evelyne Laurence (1891-1955)

France Igly, Gonzague de Reynold, Poètes de Suisse romande, Éditions Rencontre, Lausanne, 1964, p. 156

Ode à Aphrodite, Sapphô

Toi dont le trône est d’arc-en-ciel, immortelle Aphrodita, fille de  Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie de ne point dompter mon âme, ô  Vénérable, par les angoisses et les détresses. Mais viens, si jamais, et  plus d’une fois, entendant ma voix, tu l’as écoutée, et, quittant la  maison de ton père, tu es venue, ayant attelé ton char d’or. Et c’était  de beaux passereaux rapides qui te conduisaient. Autour de la terre  sombre ils battaient des ailes, descendus du ciel à travers l’éther. Ils  arrivèrent aussitôt, et toi, ô Bienheureuse, ayant souri de ton visage  immortel, tu me demandas ce qui m’était advenu, et quelle faveur  j’implorais, et ce que je désirais le plus dans mon âme insensée.  « Quelle Persuasion veux-tu donc attirer vers ton amour ? Qui te traite  injustement, Psappha ? Car celle qui te fuit promptement te poursuivra,  celle qui refuse tes présents t’en offrira, celle qui ne t’aime pas  t’aimera promptement et même malgré elle. » Viens vers moi encore  maintenant, et délivre-moi des cruels soucis, et tout ce que mon cœur  veut accomplir, accomplis-le, et sois Toi-Même mon alliée.

Sapphô, Ode à Apphrodite, traduit par Renée Vivien

Texte tiré de la page consacrée à Sapphô, sur le site de l’histoire par les femmes.

Calligramme

Calligramme

Écrit en 2015

La feuille vole et virevolte au vent léger d’automne. Elle tourne et tourne, s’échappe, tourbillonne et s’envole loin du regard des hommes. Elle vole de plus en plus, rattrape un oiseau et s’installe sur son dos, en route pour découvrir la terre du ciel.
Un calligramme d’automne, écrit en 2015.