Oser et faire du bruit Tout est couleur mouvement explosion lumière La vie fleurit aux fenêtres du soleil Qui se fond dans ma bouche Je suis mûr Et je tombe translucide dans la rue
Tu parles, mon vieux
Je ne sais pas ouvrir les yeux ? Bouche d’or La poésie est en jeu
Février 1914
Blaise Cendrars, Du monde entier, Poésies complètes : 1912-1924, Paris, Poésie / Gallimard, 1947
Un livre de poésie trouvé par bonheur dans une boîte à livres, en rentrant de la ville.
Quand le Poème naît, tu sens toutes les phases Toutes les voluptés des amoureux combats, Tous les frémissements des fébriles ébats Diviniser tes sens émus jusqu’à l’extase.
Tu sens que se refuse et se livre une proie Rétive puis soudain docile à ton désir. Déjà ta vie extrême a quitté le plaisir Et se dilate impondérable dans la Joie.
En quelle sphère ardente et vierge viens-tu fondre L’impérieux besoin qui t’intime d’aimer Et, par-delà les mots sensibles, d’assumer Ce miracle du Feu, ce baptême de l’onde?
Quand le poème t’offre un fabuleux séjour, Tout s’érige pour toi délices, jouissance. L’infini, l’absolu t’ouvrent la connaissance… – Avec quel Etre occulte est-il acte d’amour?…
(Lieux où souffle l’Esprit)
Evelyne Laurence (1891-1955)
France Igly, Gonzague de Reynold, Poètes de Suisse romande, Éditions Rencontre, Lausanne, 1964, p. 156
Toi dont le trône est d’arc-en-ciel, immortelle Aphrodita, fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie de ne point dompter mon âme, ô Vénérable, par les angoisses et les détresses. Mais viens, si jamais, et plus d’une fois, entendant ma voix, tu l’as écoutée, et, quittant la maison de ton père, tu es venue, ayant attelé ton char d’or. Et c’était de beaux passereaux rapides qui te conduisaient. Autour de la terre sombre ils battaient des ailes, descendus du ciel à travers l’éther. Ils arrivèrent aussitôt, et toi, ô Bienheureuse, ayant souri de ton visage immortel, tu me demandas ce qui m’était advenu, et quelle faveur j’implorais, et ce que je désirais le plus dans mon âme insensée. « Quelle Persuasion veux-tu donc attirer vers ton amour ? Qui te traite injustement, Psappha ? Car celle qui te fuit promptement te poursuivra, celle qui refuse tes présents t’en offrira, celle qui ne t’aime pas t’aimera promptement et même malgré elle. » Viens vers moi encore maintenant, et délivre-moi des cruels soucis, et tout ce que mon cœur veut accomplir, accomplis-le, et sois Toi-Même mon alliée.
Sapphô, Ode à Apphrodite, traduit par Renée Vivien
La feuille vole et virevolte au vent léger d’automne. Elle tourne et tourne, s’échappe, tourbillonne et s’envole loin du regard des hommes. Elle vole de plus en plus, rattrape un oiseau et s’installe sur son dos, en route pour découvrir la terre du ciel. Un calligramme d’automne, écrit en 2015.
Oui c'est exactement ça, merci Delphine