là où tu choisis de rester
c’est là que ton cœur respire
pour toujours dans les fleurs des champs
dans les feuilles d’arbres
les soupirs du vent
l’atmosphère du lieu
et même si je ne suis plus là
mon âme viendra encore
humer avec joie et délicatesse
la douceur des instants partagés
la nature qui ne fait qu’un
avec celles et ceux qui se laissent envahir
dans leur sang
comme une maison de l’infini

– Emmanuelle de Dardel

yeux éblouis

un océan de brumes
les vagues grises se déroulent
les unes sur les autres

les arbres ruissellent de cuivre d’ocre
de toutes les nuances d’automne
verts attendris sapin ou bronze

bouton d’or paille ambre
noisette rouille ombre
ocre brûlé lie de vin

la nature chantonne les couleurs
qui changent s’envolent et virevoltent
comme des lucioles endimanchées

l’automne et ses feuilles vivent et
dansent au son des nuages
des vents contraires violents ou sournois

la terre entière est une ronde de
feuilles aux tons ocres le cadeau
dune vie d’une année pour les yeux éblouis

j’ai voulu cueillir les étoiles
et j’ai été happée par l’ombre
c’est là que j’ai rencontré la poésie

– Emmanuelle de Dardel

de l’infini

sur le banc de l’infini
s’asseoir et voir la beauté
au-delà des choses convenues
ressentir chaque brin d’herbe
feuille d’arbre fleur fruit
et vaguelette
sur le banc de l’infini
s’enfoncer dans la profondeur
s’asseoir et devenir nature
devenir les autres
devenir le monde
devenir

– Emmanuelle de Dardel

Comme si

Dans l’embrasement des nuages, le soleil se couche encore une fois. Il éclaire la ville d’une douce lumière dorée et fait scintiller les fenêtres comme des lucioles. Les maisons sont installées sur ce mont à la nature verdoyante et généreuse, elles en font partie. Et cette tendre lumière dorée les rend belles. Le monde oublie ses soucis, le temps d’un coucher de soleil, le soir, juste avant le crépuscule, comme si plus rien n’existait.

Emmanuelle de Dardel

La vie profonde, Anna de Noailles

Être dans la nature ainsi qu’un arbre humain,
Étendre ses désirs comme un profond feuillage,
Et sentir, par la nuit paisible et par l’orage,
La sève universelle affluer dans ses mains !

Vivre, avoir les rayons du soleil sur la face,
Boire le sel ardent des embruns et des pleurs,
Et goûter chaudement la joie et la douleur
Qui font une buée humaine dans l’espace !

Sentir, dans son cœur vif, l’air, le feu et le sang
Tourbillonner ainsi que le vent sur la terre ;
– S’élever au réel et pencher au mystère,
Être le jour qui monte et l’ombre qui descend.

Comme du pourpre soir aux couleurs de cerise,
Laisser du cœur vermeil couler la flamme et l’eau,
Et comme l’aube claire appuyée au coteau
Avoir l’âme qui rêve, au bord du monde assise…

Anna de Noailles

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