soi toi-m’aime

je surnage ma vie
je nage je plonge
je crawle je brasse
je coule
je coule à pic
je me noie
je perds pied
je perds mon âme
je perds la vie
celle qui me rendait malade
celle des abuseurs en libre-service
profiteurs traîtres menteurs trompeurs manipulateurs
ceux qui ne disent pas tout
ceux qui m’utilisent pour leurs desseins

je renais
sans eux sans toi
avec moi
phénix dragon monstre des profondeurs
je renais en poésie
de poésie
pure poésie
moi-même
moi-m’aime
sans masques de bienséance
sans injonctions contradictoires
sans t’oublier
sois toi-même mais pas trop
soi toi-m’aime mais tais-toi
sois douce polie modeste et charmante
et accepte l’impossible indicible inavouable

je vis sans toi
dans l’
invisible
incertitude
infini
ailleurs
et ici
nous ne sommes qu’un
pourquoi t’acharner à me mourir

– Emmanuelle de Dardel

L’amour aujourd’hui

Depuis qu’elle ne court plus après l’amour, sa joie de vivre est revenue. L’amour est si étrange qu’on se meurt à petit feu quand il n’est ni réciproque ni authentique ; quand il n’y a ni respect, ni considération. Mieux vaut vivre sans amour que mourir d’amour.

– Emmanuelle de Dardel

l’amour se meurt

l’amour se meurt
il est en couple et
il a omis de le lui dire
on n’oublie pas ces choses-là
on les cache sciemment
volontairement
avec détermination
et puis quand on est découvert
on se dédouane en racontant
qu’on l’avait déjà dit
on se ment d’abord à soi-même
avant de mentir aux autres
et l’amour se meurt doucement

– Emmanuelle de Dardel

estompé

toutes ces fleurs éteintes
les pétales se recroquevillent
tout à coup beiges et marron pâle
puis poudre de pétales poudre de rêves
les récolter une par une
dans un pot-pourri du passé
qui enchante les âmes tristes
c’est un rappel des amitiés oubliées
qui ne mourront jamais quoi qu’il arrive
elles restent là même absentes mêmes invisibles

– Emmanuelle de Dardel

aux enfants de là-bas

combler ses blessures invisibles
avec les étoiles              du temps
celles qui sont immuables
les rares qui brillent encore
comme des yeux           d’enfants
aux rêves qui survivent
aux guerres et à la mort
des grands yeux            d’enfants
tristes de déjà                mourir 

– Emmanuelle de Dardel