Ce grand-père que je n’ai pas connu et dont je ne peux donc guère parler, autrement que par ouï-dire, est maintenant le héros d’un livre que je me réjouis de lire.
Il y a quelques jours, j’ai réalisé que ma collection de livres de poésie était principalement masculine. A ce propos, lisez mon texte Des poétesses sur mon blog, où je mentionne ce qui m’a aidée à en prendre conscience. A la suite de cela, j’ai fait quelques visites littéraires dans les bouquineries et les librairies de ma ville.
Aujourd’hui, le sujet de ce post est ma récente interrogation en librairie. Je me suis arrêtée devant le rayon de littérature contemporaine, pour avoir un aperçu. Et une femme d’un âge certain était là. Elle était probablement déjà arrière-grand-mère. Sa peau fine toute ridée était charmante et j’ai eu envie de lui adresser la parole.
Elle s’apprêtait à prendre un livre d’Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature 2022. J’ai approfondi la discussion et j’ai découvert que mon interlocutrice en avait assez de toutes ces femmes publiées. De son avis et de ceux de son entourage, il y a beaucoup trop d’autrices aujourd’hui.
Il va de soi que je suis restée interloquée, ne sachant que répondre à une telle énormité. Puis, j’ai réalisé que c’est peut-être l’ascendant des hommes qui lui manque. Ou alors qu’elle est tellement habituée à ne lire principalement que des hommes qu’elle ne réalise pas l’inégalité actuelle ?
Fading de la tristesse oubli Le bruit du cœur brisé faiblit Et la cendre blanchit la braise J’ai bu l’été comme un vin doux J’ai rêvé pendant ce mois d’août Dans un château rose en Corrèze
Qu’était-ce qui faisait soudain Un sanglot lourd dans le jardin Un sourd reproche dans la brise Ah ne m’éveillez pas trop tôt Rien qu’un instant de bel canto Le désespoir démobilise
Il m’avait un instant semblé Entendre au milieu des blés Confusément le bruit des armes D’où me venait ce grand chagrin Ni l’œillet ni le romarin N’ont gardé le parfum des larmes
J’ai perdu je ne sais comment Le noir secret de mon tourment À mon tour l’ombre se démembre Je cherchais à n’en plus finir Cette douleur sans souvenir Quand parut l’aube de septembre
Mon amour j’étais dans tes bras Au-dehors quelqu’un murmura Une vieille chanson de France Mon mal enfin s’est reconnu Et son refrain comme un pied nu Troubla l’eau verte du silence
Louis Aragon, Le Crève-coeur, Le Nouveau Crève-coeur, Paris, Poésie / Gallimard, 1946, p.52
Oui c'est exactement ça, merci Delphine