On attend des femmes qu’elles sourient et qu’elles se taisent surtout. Et quand l’une d’elles commence à parler, à répondre, à dire les choses, on s’offusque et on ne comprend pas même pourquoi. Les femmes prennent la parole comme elles font des études, comme elles travaillent, comme elles avancent dans la vie. Elles prennent la parole avec force et douceur, même et surtout pour dire ces choses difficiles. Elles ont compris qu’il vaut mieux s’exprimer posément en tous temps, qu’elles soient calmes, joyeuses ou en colère, car cela a davantage d’impact sur le monde : on ne peut que les écouter.
tout le poids du monde est porté par les petites-mains les impuissants les femmes les enfants et les victimes de Gaza et d’ailleurs la raison affleure sur le poids du monde
dans l’enroulement l’engouement l’envoûtement des femmes libres fières et sauvages elle s’inonde de sons elle se laisse porter par l’onde pleine et oublie t’oublie s’oublie il ne reste que l’unité et l’universel
– Emmanuelle de Dardel
Marisa Merz (1926-2019), figure de l’arte povera. Exposition au Kunsthaus Bern jusqu’au 17 août 2025.
« Je n’écris pas pour moi… J’écris pour moi. » @malla.rme sur Instagram. Cela rassemble bien toutes les modalités d’écriture. J’écris pour communiquer avec l’autre ce que je suis incapable de dire dans une conversation. J’écris parce que l’autre refuse d’entendre. Refuse de comprendre. J’écris pour (re)trouver qui je suis. J’écris pour trouver qui sont vraiment les autres, sous le déni et le mensonge par omission. J’écris parce que je n’arrive plus à te parler. Parce que je ne peux plus te parler. J’écris parce que tu ne veux plus me parler. J’écris parce qu’on a refusé mes idées. J’écris parce que je veux transmettre ma vision. J’écris de l’amour avec des mots. J’écris pour te chercher. J’écris pour te trouver. J’écris pour les oublier, leur montrer qu’ils ne peuvent pas faire partie de ma vie s’ils refusent de m’entendre. J’écris pour savoir ce que ça fait d’écrire. J’écris parce qu’on ne veut pas m’écouter en tant que femme. J’écris pour re-découvrir les mythes amoureux de l’intérieur. J’écris parce que tu es parti. J’écris parce que tu m’as trahie de 10 000 manières. J’écris pour reconstruire mon âme. J’écris parce que tu n’as laissé que des miettes de moi. J’écris pour les autres. J’écris pour moi. Nous ne faisons qu’un. Je suis toi. Tu es moi. Alors pourquoi me blesser ? J’écris pour dire l’impossible l’impensable. J’écris pour transformer ma vie. J’écris pour dépasser l’insurmontable l’inacceptable. J’écris ce que tu ne veux pas voir accepter admettre comprendre prendre en compte. J’écris l’invisible pour le rendre tangible et réel. Que tu m’écoutes enfin. Que tu me parles vraiment. Que tu me parles presque sans mots. Que tu me parles d’amour incandescent dans tout ton être. Que tu m’aimes. Qu’on s’aime enfin. Qu’on se rencontre, qu’on se comprenne. J’écris parce que je ne peux plus me taire en tant que femme, dans un monde dévoyé qui nous pousse à bout qui nous jette à terre. J’écris pour résister protester me battre pour elle, pour moi et toutes les autres. J’écris pour dire que les femmes existent et ont le droit d’être des hommes comme les autres.
La poésie n’a pas comme seuls buts d’offrir de jolis vers et de belles paroles qui vous portent tout au long d’une journée compliquée ou quand vous perdez de vue vos objectifs de vie. Elle cherche aussi à vous faire vous remettre en question, à vous montrer qu’il y a plusieurs réponses souvent auxquelles vous n’aviez pas pensé, voire même aucune réponse satisfaisante à vos questionnements.
Et la poésie difficile, négative et noire tente de vous rappeler que la vie n’est pas faite que de positif, qu’il faut accueillir les parts sombres, pour les dépasser. Mettre au jour l’inconscient aussi. Ce processus est impossible si l’on ne s’attache qu’aux aspects lumineux. C’est le travail des poètes que de parler de tout, même et surtout de ce qu’on refuse de voir en face.
La poésie n’est pas réservée qu’aux hommes – même si cela l’a été les siècles passés. On ne compte plus les grands poètes francophones : Hugo, Rimbaud, Verlaine, Baudelaire, Claudel (qui a abandonné sa soeur Camille, la sculptrice, dans un hôpital psychiatrique pendant 30 ans et jusqu’à sa mort), Mallarmé, Prévert, Ponge, Jaccottet, Bonnefoy… On les cite même de tête, tant on les aime.
Qui sont les poétesses que l’on cite de tête ? Il y en a bien quelques-unes dont les oeuvres nous sont parvenues, mais on les étudie peu à l’école et à l’université. De ce fait, on les connaît moins. C’est toute la différence. Les poètes célèbres, on les connaît par cœur. Les poétesses célèbres, on doit réfléchir pour ne se souvenir ne serait-ce que de leur nom. Je vous mets au défi de me citer les vers d’une poétesse célèbre.
De plus, on a tendance à lier la poésie féminine avec des vers positifs uniquement, car on voudrait que les femmes et les poétesses restent dans leur rôle acquis d’accompagnement, d’aide et de soutien. C’est alors qu’elles se libèrent et écrivent aussi de la poésie. Elles écrivent de la poésie libre – dont les vers ne riment pas à dessein – pour s’émanciper des règles de la poésie classique, mais aussi des règles qui leur imposées par une société qui a longtemps été dominée par les hommes. Les féministes qui valorisent les rapports équitables entre femmes et hommes – dont je suis – se battent pour faire entendre leur voix.
Cela produit un étrange état de faits qui permet de valoriser encore davantage les poètes au détriment des poétesses.
Emmanuelle de Dardel
Titulaire de deux demi-licences de langue et littérature françaises médiévales et de linguistique et sciences du langage (2005), ainsi qu’un bachelor d’enseignante primaire, sanctionné par un mémoire professionnel sur les normes dans l’enseignement (pourquoi il est difficile de déconstruire ce qu’on a toujours fait « comme ça » – le genre de sujet qu’on évite).
Merci Gilles, si ton ange est aussi inspiré, ça me va droit aux étoiles. Il reste encore bien des sourires…