by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
C’est le soir ; la bataille est enfin terminée :
Le vaincu s’est enfui, le vainqueur est lassé,
Et la fleur du pays, en un jour moissonnée,
Jonché tous les replis du sol dur et glacé.
Ils sont là tout raidis et la tête inclinée,
Adolescent joyeux, d’une balle percé,
Homme fort et vaillant, cohorte infortunée
Qui n’a pas reculé quand la mort a passé.
Et, sous un autre ciel, un vieillard solitaire,
Las d’avoir travaillé tout le jour à la terre,
Respire le vent frais qui le baise en passant ;
Il regarde pensif le grand ciel qui rayonne
Plein d’un ruissellement d’étoiles, et s’étonne
Que la lune soit rouge et paraisse de sang…
Bevaix, 12 septembre 1881
Alice de Chambrier, Au delà, Poésies, Neuchâtel, Éditions de la Baconnière, 1934 (7e édition)
[ 1861 – 1882 ]
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
« C’était vraiment une détraquée. Sofia Huxley. Le changement éclair de l’ex-taularde docile en alligator furieux. Des babines pendantes en crocs. De la chiffe molle en marteau. Je n’ai pas vu le signal : pas de plissement d’yeux ni de mains qui serraient des collets, pas de flexion d’épaule ni de lèvre retroussée qui découvrait des dents. Rien n’annonçait son attaque contre moi. Je ne l’oublierai jamais, cette attaque, et quand bien même j’essaierais, les cicatrices, sans parler de la honte, ne me le permettraient pas.
Ce qu’il y a de pire, dans la guérison, c’est la mémoire. Je reste allongée toute la journée sans rien avoir d’urgent à faire. Brooklyn s’est chargée des explications au personnel du bureau : tentative de viol, déjouée, bla-bla-bla. C’est une véritable amie et elle ne m’embête pas comme ces fausses copines qui viennent ici juste pour zieuter et me plaindre. Je ne peux pas regarder la télévision, elle est tellement barbante : en gros, du sang, du rouge à lèvres et l’arrière-train des présentatrices. Ce qui passe pour des infos, c’est soit des ragots, soit un catalogue de mensonges. Comment est-ce que je peux prendre au sérieux des séries policières dans lesquelles des tueurs sont traqués par des femmes flics perchées sur des talons Louboutin ? »
Toni Morrison, Délivrances, Paris, Christian Bourgois éditeur, 2015, p. 41 (traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Christine Laferrière)
Toni Morrison (1931-2019) est la 8e femme à avoir reçu le Prix Nobel de littérature en 1993.
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
Que remarquez-vous sur cette photo ? La question est neutre à dessein.
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
[ 1888 – 1943 ]
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
Jeanne chante ; elle se penche
Et s’envole ; elle me plaît ;
Et, comme de branche en branche,
Va de couplet en couplet.
De quoi donc me parlait-elle ?
Avec sa fleur au corset,
Et l’aube dans sa prunelle,
Qu’est-ce donc qu’elle disait ?
Parlait-elle de la gloire,
Des camps, du ciel, du drapeau,
Ou de ce qu’il faut de moire
Au bavolet d’un chapeau ?
Son intention fut-elle
De troubler l’esprit voilé
Que Dieu dans ma chair mortelle
Et frémissante a mêlé ?
Je ne sais. J’écoute encore.
Etait-ce psaume ou chanson ?
Les fauvettes de l’aurore
Donnent le même frisson.
J’étais comme en une fête ;
J’essayais un vague essor ;
J’eusse voulu sur ma tête
Mettre une couronne d’or,
Et voir sa beauté sans voiles,
Et joindre à mes jours ses jours,
Et prendre au ciel les étoiles,
Et qu’on vînt à mon secours !
J’étais ivre d’une femme ;
Mal charmant qui fait mourir.
Hélas ! je me sentais l’âme
Touchée et prête à s’ouvrir ;
Car pour qu’un cerveau se fêle
Et s’échappe en songes vains,
Il suffit du bout de l’aile
D’un de ces oiseaux divins.
21 juin 1859
Victor Hugo, Les chansons des rues et des bois, Paris, Garnier-Flammarion, 1966, p. 103
[ 1802 – 1885 ]
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
J’aimerais bien connaitre vos préférences. Ce sondage est ouvert 2 semaines. Merci pour votre participation.
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
Un bonheur à écouter, musique et paroles.
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | inspirations poétiques |
Sempre caro mi fu quest’ermo colle,
E questa siepe, che da tanta parte
Dell’ultimo orizzonte il guardo esclude.
Ma sedendo e mirando, interminati
Spazi di là da quella, e sovrumani
Silenzi, e profondissima quiete
Io nel pensier mi fingo; ove per poco
Il cor non si spaura. E come il vento
Odo stormir tra queste piante, io quello
Infinito silenzio a questa voce
Vo comparando: e mi sovvien l’eterno,
E le morte stagioni, e la presente
E viva, e il suon di lei. Così tra questa
Immensità s’annega il pensier mio;
E il naufragar m’è dolce in questo mare.
Traduction de F.A. Aulard
L’Infini
Toujours chères me furent cette colline déserte et cette haie qui, sur un long espace, cache au regard l’extrême horizon. Mais, m’asseyant et regardant, au delà de la haie j’imagine d’interminables espaces, des silences surhumains, un profond repos où peu s’en faut que le cœur ne s’effraie. Et comme j’entends bruire le vent à travers le feuillage, je vais comparant le silence infini à cette voix : et je me souviens de l’éternité, des siècles morts, du siècle présent et vivant et du bruit qu’il fait. Ainsi dans cette immensité s’anéantit ma pensée et il m’est doux de faire naufrage dans cette mer.
Textes tirés de la page Wikipedia https://fr.m.wikipedia.org/wiki/L%27Infini_(po%C3%A8me)
by Emmanuelle de Dardel | 22 Mai 2023 | cartes poétiques |
Une carte peinte et écrite à la main, avec un haïku. Disponible sur demande.
Oui c'est exactement ça, merci Delphine