Le temps
A Dominique
Le temps s’échappe
Il vit dans le pays de la liberté
Rien ne le retient
Ni rires, ni colères, ni larmes
Il navigue imperturbable
Jusqu’à l’horizon
Pour jouer du piano
Avec la lune
Emmanuelle de Dardel
Encore
Encore un baiser
Cet instant pour une vie
Quelques étoiles aussi
Suspendues à ton éternité
Je les cueillerai comme des anges
Pour les conserver dans mon cœur
Emmanuelle de Dardel
L’amour dure 3 ans, Philippe Sollers
L’amour dure 3 ans, dit-on, ou même moins, et c’est vérifiable quand il ne s’agit pas d’amour. En réalité, l’amour dure toujours, il faut simplement mieux définir ce toujours. D’une façon ou d’une autre, visible ou invisible, vous sacralisez quelqu’un dans son existence entière, sa respiration et sa mort. L’amour, s’il a lieu, est plus fort que la mort. Dans l’amour, quoi qu’il arrive, même aux confins de l’horreur ou de la démence, vous touchez du doigt la défaite de la mort.
C’est pourquoi chaque moment est important, et la durée sans temps mort. Vous êtes le peintre et le musicien de ces femmes, elles deviennent des personnages centraux de vos romans, elles peuvent prendre d’autres formes, d’autres figues, elles sont parfois rejointes par celles dont on ne peut pas dire le nom. Ce moment où l’une ou l’autre sort des vagues est unique, ce foulard est unique, ce fou rire aussi. La poudre du temps leur appartient. En peinture, c’est l’année où Picasso comprend que seul un violon « cubiste » peut représenter son grand amour, Eva. En musique, c’est Monteverdi qui les rassemble toutes pour une assomption fastueuse (la Vierge Marie, à Venise, en vaut dix mille). Dans les siècles des siècles, c’est maintenant, c’est toujours.
Mais c’est aussi bien Don Giovanni et son catalogue, où Mozart, pourtant très amoureux de sa petite Stanzi, vous révèle son éventail de passions possibles. Rien ne lui échappe dans les rues de Vienne ou de Prague, il note, il note, ce sont chaque fois des antidotes à la Reine de la Nuit. Les femmes sont des Muses, et si elles sont toxiques ou grotesques, elles n’en sont pas moins inspiratrices d’un aspect fondamental du réel. En voici une qui pleure, c’est beau. En voilà une autre qui rit ou qui dort, c’est encore plus beau. Tous ces accents, toutes ces couleurs sont à mettre en madrigaux, en quatuors, en tableaux. Les Flûtes de Pan, de Picasso, en sont une démonstration vivante. Une femme arrive, elle refait de lui un enfant curieux de ses sœurs, il pousse la démonstration jusqu’à l’absurde, dieu et le diable sont enfin unis, et d’ailleurs, dans cette nouvelle Grèce, il n’y a que des déesses plus ou moins favorables et des multitudes de dieux.
Philippe Sollers, Portraits de femmes, Paris, Gallimard, Folio, 2013, p. 63-64
Le magnolia, Francis Ponge
La fleur du magnolia éclate au ralenti comme une bulle formée lentement dans un sirop à la paroi épaisse qui tourne au caramel.
(A remarquer d’ailleurs la couleur caramélisée des feuilles de cet arbre.)
A son épanouissement total, c’est un comble de satisfaction proportionnée à l’importante masse végétale qui s’y exprime.
Mais elle n’est pas poisseuse : fraîche et satinée au contraire, d’autant que la feuille paraît luisante, cuivrée, sèche, cassante.
Francis Ponge, Pièces, Paris, Poésie / Gallimard, 1962, p. 51
Espoirs
Les espoirs brisés
Parfois recollés
Sont le lit des songes
Et des créations
Les espoirs brisés
Le monde se délite
Plus rien ne compte
Léger entrechat
A la lueur de ton âme
Les géraniums rouges
Des lutins sur ma fenêtre
Eclairent tes yeux
Emmanuelle de Dardel
Nuit
Le calme est profond
Même les feuilles se couchent
Dans le lit des rêves
Emmanuelle de Dardel
Les Yeux jaunes des crocodiles, Katherine Pancol
Joséphine poussa un cri et lâcha l’éplucheur. Le couteau avait dérapé sur la pomme de terre et entaillé largement la peau à la naissance du poignet. Du sang, du sang partout. Elle regarda les veines bleues, l’estafilade rouge, le blanc de la cuvette de l’évier, l’égouttoir en plastique jaune où reposaient, blanches et luisantes, les pommes de terre épluchées. Les gouttes de sang tombaient une à une, éclaboussant le revêtement blanc. Elle appuya ses mains de chaque côté de l’évier et se mit à pleurer.
Ce sont les premières lignes du roman.
Katherine Pancol, Les Yeux jaunes des crocodiles, Paris, Le livre de poche, 2006, p. 11
Littérature : un art encore largement dominé par les hommes, isabelle boisclair, Université de Sherbrooke
https://theconversation.com/litterature-un-art-encore-largement-domine-par-les-hommes-126561
Inconstance
Comment faire souffrir une femme
Dites-lui que vous l’aimez
Dites-lui ce qu’elle a envie d’entendre
Promettez-lui monts et merveilles
Jusqu’à la faire craquer
Puis détachez-vous
Signifiez-lui peu à peu
Que vous n’êtes pas prêt
Que vous avez d’autres projets
Que vous recherchez autre chose
Et partez, de préférence sans un mot
Puis recommencez avec une autre
Emmanuelle de Dardel 23 05 2023

Oui c'est exactement ça, merci Delphine