blog de poésie
Grelots
Mille étoiles au ciel
Des grelots silencieux
Rappel du bonheur
Emmanuelle de Dardel
Don Giovanni
Don Giovanni
Et ses listes de conquêtes
Ignore l’amour
Emmanuelle de Dardel
Ode à Aphrodite, Sapphô
Toi dont le trône est d’arc-en-ciel, immortelle Aphrodita, fille de Zeus, tisseuse de ruses, je te supplie de ne point dompter mon âme, ô Vénérable, par les angoisses et les détresses. Mais viens, si jamais, et plus d’une fois, entendant ma voix, tu l’as écoutée, et, quittant la maison de ton père, tu es venue, ayant attelé ton char d’or. Et c’était de beaux passereaux rapides qui te conduisaient. Autour de la terre sombre ils battaient des ailes, descendus du ciel à travers l’éther. Ils arrivèrent aussitôt, et toi, ô Bienheureuse, ayant souri de ton visage immortel, tu me demandas ce qui m’était advenu, et quelle faveur j’implorais, et ce que je désirais le plus dans mon âme insensée. « Quelle Persuasion veux-tu donc attirer vers ton amour ? Qui te traite injustement, Psappha ? Car celle qui te fuit promptement te poursuivra, celle qui refuse tes présents t’en offrira, celle qui ne t’aime pas t’aimera promptement et même malgré elle. » Viens vers moi encore maintenant, et délivre-moi des cruels soucis, et tout ce que mon cœur veut accomplir, accomplis-le, et sois Toi-Même mon alliée.
Sapphô, Ode à Apphrodite, traduit par Renée Vivien
Texte tiré de la page consacrée à Sapphô, sur le site de l’histoire par les femmes.
Calligramme

La feuille vole et virevolte au vent léger d’automne. Elle tourne et tourne, s’échappe, tourbillonne et s’envole loin du regard des hommes. Elle vole de plus en plus, rattrape un oiseau et s’installe sur son dos, en route pour découvrir la terre du ciel.
Un calligramme d’automne, écrit en 2015.
La vie
Pensées obscures
Des drames en cascade
Des espoirs brisés
Des rêves ensevelis
La vie fait son œuvre
Elle détruit sans vergogne
Tout ce qui n’est pas fondé
Dans le cœur des hommes
Tout ce qui n’est pas authentique
Dans l’âme des femmes
Emmanuelle de Dardel
Jonquilles
Dans tes jonquilles
L’espoir se cache la nuit
Et renaît le jour
Emmanuelle de Dardel
Un livre sur Louis de Dardel, mon grand-père paternel
Ce grand-père que je n’ai pas connu et dont je ne peux donc guère parler, autrement que par ouï-dire, est maintenant le héros d’un livre que je me réjouis de lire.
Entendu récemment en librairie, d’une femme
Il y a quelques jours, j’ai réalisé que ma collection de livres de poésie était principalement masculine. A ce propos, lisez mon texte Des poétesses sur mon blog, où je mentionne ce qui m’a aidée à en prendre conscience. A la suite de cela, j’ai fait quelques visites littéraires dans les bouquineries et les librairies de ma ville.
Aujourd’hui, le sujet de ce post est ma récente interrogation en librairie. Je me suis arrêtée devant le rayon de littérature contemporaine, pour avoir un aperçu. Et une femme d’un âge certain était là. Elle était probablement déjà arrière-grand-mère. Sa peau fine toute ridée était charmante et j’ai eu envie de lui adresser la parole.
Elle s’apprêtait à prendre un livre d’Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature 2022. J’ai approfondi la discussion et j’ai découvert que mon interlocutrice en avait assez de toutes ces femmes publiées. De son avis et de ceux de son entourage, il y a beaucoup trop d’autrices aujourd’hui.
Il va de soi que je suis restée interloquée, ne sachant que répondre à une telle énormité. Puis, j’ai réalisé que c’est peut-être l’ascendant des hommes qui lui manque. Ou alors qu’elle est tellement habituée à ne lire principalement que des hommes qu’elle ne réalise pas l’inégalité actuelle ?
Emmanuelle de Dardel
Combien de femmes parmi les prix littéraires français ? Article du Monde.fr du 3 novembre 2015
Zone libre, Aragon
Fading de la tristesse oubli
Le bruit du cœur brisé faiblit
Et la cendre blanchit la braise
J’ai bu l’été comme un vin doux
J’ai rêvé pendant ce mois d’août
Dans un château rose en Corrèze
Qu’était-ce qui faisait soudain
Un sanglot lourd dans le jardin
Un sourd reproche dans la brise
Ah ne m’éveillez pas trop tôt
Rien qu’un instant de bel canto
Le désespoir démobilise
Il m’avait un instant semblé
Entendre au milieu des blés
Confusément le bruit des armes
D’où me venait ce grand chagrin
Ni l’œillet ni le romarin
N’ont gardé le parfum des larmes
J’ai perdu je ne sais comment
Le noir secret de mon tourment
À mon tour l’ombre se démembre
Je cherchais à n’en plus finir
Cette douleur sans souvenir
Quand parut l’aube de septembre
Mon amour j’étais dans tes bras
Au-dehors quelqu’un murmura
Une vieille chanson de France
Mon mal enfin s’est reconnu
Et son refrain comme un pied nu
Troubla l’eau verte du silence
Louis Aragon, Le Crève-coeur, Le Nouveau Crève-coeur, Paris, Poésie / Gallimard, 1946, p.52

Il fait suite à une lecture qui m'a marquée. Merci beaucoup à toi Barbara