Quand les mots sont vains Disparaître Quand le temps manque Disparaitre Quand l'amour ment Disparaître Quand le travail s'acharne Disparaître Quand on ne veut plus Disparaître Et si on réapprenait à se parler ? Et s'il suffisait d'écouter ?
I think that much of the work that is done today in music and songwritting and verse suffers from this unwillingness to submit yourself to the anvil of rhythm and rhyme. It makes it too easy. When you are compelled to find rhymes and to satisfy rhythms, it makes you run through everything you know about the langage. It makes you run through word after word after word and test every idea.
Leonard Cohen, One on One : The Imprint Interviews, November 19, 1992
Tout ce que je ne t'ai pas dit
Reste gravé en moi
Comme des mots écrits
Sur une lettre d'or
Tout ce que je ne t'ai pas dit
Mes plus beaux rêves
Et mes espoirs sans fin
D'un amour comme irréel
Tout ce que je ne t'ai pas dit
Les émotions d'une profondeur infinie
Les sentiments qui s'envolent vers l'au-delà
Cet amour n'existera que dans mon cœur
(Emmanuelle de Dardel)
Pendant longtemps, elle s’est empêchée d’écrire. Cela l’a rendue triste, comme si on lui retirait l’âme. Elle a eu du mal à trouver sa voix et sa voie, et pour cause. Elle sait parfaitement pourquoi, avec qui et comment c’est arrivé. Et aussi comment et pourquoi elle a recommencé peu à peu, avec acharnement, étapes multiples et délicatesse (ça c’est le dragon qui lui demande de l’ajouter).
Beaucoup de gens l’ont découragée d’écrire. Cela allait de petites remarques qui peuvent sembler anodines jusqu’à des interdictions. Les mots ont du pouvoir dit-on. Elle dirait même que les mots sont des assassins en puissance, si l’on se laisse aller à les croire, quand ils sont dits sans conscience. Oui, les mots ont une vie propre.
Tous ces mots assassins lui tournent encore dans la tête aujourd’hui. Ceux de ses proches qui ne l’ont jamais comprise réellement. Ceux de certains de ses enseignants et professeurs, elle pense à deux personnes en particulier, avec qui elle évite tout contact comme la peste. Elle a d’ailleurs enseigné longtemps elle-même pour comprendre comment et pourquoi cela lui était arrivé. Elle est même allée jusqu’à reprendre des études à 40 ans pour obtenir son bachelor d’enseignante primaire. Cela ne lui a pas apporté la réponse voulue, mais d’autres pistes de compréhension ont fait surface.
D’ailleurs, elle a rencontré nombre d’enseignants qui lui ont dit que parfois on fait ces études pour mieux se comprendre. Dans son cas, elle a enseigné une vingtaine d’années et s’est justement efforcée de donner beaucoup d’amour à tous ses élèves, même et surtout à ceux qui étaient en difficultés ou alors « trop » intelligents. Elle se souvient très nettement de son élève en décrochage, pour qui tout était compliqué. Un jour, elle l’a surpris à colorier sa pincette d’élève en dégradés de bonheur. Elle a renforcé ce moment et en a fait la star de la semaine et de l’art de la classe, en incitant ses camarades à lui passer commande de pincettes. Si un jour il lit cet écrit, qu’il sache qu’elle le voit comme un artiste.
Et puis un jour, elle s’est focalisée sur ses envies, elle a pris son ordinateur, réfléchi quelques secondes sur son parcours d’écriture et a rédigé ses premiers poèmes sur son blog. De la remarque assassine « tu vas lire tout le dictionnaire comme ça ? » aux nombreux cahiers et blogs laissés en jachère à la moindre imperfection, elle s’est nourrie des obstacles et cela a été une période riche de sens pour elle. Puis de nouveau, elle s’est auto-mutilée en supprimant son premier blog de poésie, pour se mieux se focaliser sur son travail. Encore une injonction létale d’une société obtue, qui n’a en tête que la productivité maximale à tous points de vue.
Puis elle est tombée malade, tant d’injections (sic) sociétales contradictoires ont eu raison d’elle. Fais ce que tu aimes, mais surtout ne sois pas artiste ni écrivaine. Et encore moins poétesse, cela va sans dire, d’ailleurs on ne le mentionne même pas. Elle ne pouvait plus avancer, littéralement. Elle n’avait plus d’envies, littéralement aussi. Et puis quelques anges sont apparus, des dragons aussi ont fait surface. Des gros dragons noirs charboneux et brûlants comme des milliers de volcans en éruption. Ils sont pénibles ceux-ci car ils vivent sur les nuages et on ne sait jamais quand ils vont s’acharner sur nous. Quelques dragons roses, qui lui offraient des fleurs, mais toujours très parcimonieusement. Ces petites fleurs miniatures qui ne poussent que dans les champs de la montagne du Haut-Jura, là où elle s’est retrouvée prisonnière.
Et puis une fois, un dragon multicolore. Il est venu sur la pointe des pieds lors d’une séance de travail collective. On l’a même cité et les gens présents se sont esclaffés avec bonheur. Il a été bien accueilli, il en était tout reconnaissant. Il était vêtu d’une combinaison de ski blanche et chaussait des skis géants pour faire le tour de la planète. Il avait sur la tête un bonnet à pompom et à clochettes dorées, comme celles des lapins de Pâques (ce sont les lapins qui ont copié bien sûr). Et puis des moufles multicolores bien chaudes, en pure laine vierge tricotée à la main, pour protéger ses doigts de lutin délicats. Il avait tant travaillé au froid dans la neige, sans électricité ni chauffage correct qu’il en avait eu les mains fragilisées et inutilisables. Et sur le moment, il s’apprêtait à dévaler une piste de ski en herbe tendre du printemps qui était infinie.
Partir en voyages
Dans les nuages de la vie
Se laisser emporter
Sur les ailes des rêves
Dévaler les pentes infinies
Des utopies et des impossibles
Caresser les dragons, les noirs
Les roses et les multicolores
En liberté absolue
Dans la lumière des âmes
Pas de ségrégation ni discrimination
Chez les habitants des nuages
Et te retrouver
Pour danser sous une pluie
De pétales de neige
Et de flocons d'étoiles
Dans un tête-à-tête éphémère
Sans cesse renouvelé
(Emmanuelle de Dardel)
Le silence dans ton âme
Le silence autour de toi
Ces non-dits qu'on nie
Ces refus qu'on acte sans actions
Ces incompréhensions qui perdurent
Malgré soi, malgré l'autre ?
Ces non-actions que l'on perpétue
Pour éviter confrontations et conflits
Puis tout d'un coup
On se rend compte un beau matin
Que l'on ne sait plus accepter l'inacceptable
Et on parle
Pour retrouver sa valeur
Pour recréer les liens
Pour s'échapper du cocon maudit de l'incompréhension
Et des fausses idées
Pour s'excuser si on a tort
Pour corriger les incompréhensions
Pour retrouver le respect
Pour redevenir soi-même
Pour avancer de manière plus fluide
Pour recréer de l'harmonie
(Emmanuelle de Dardel)
Oui c'est exactement ça, merci Delphine