blog de poésie

Sonnet XVII, Louise Labé

Je fuis la ville, et temples, et tous lieux
Esquels, prenant plaisir à t’ouïr plaindre,
Tu pus, et non sans force, me contraindre
De te donner ce qu’estimais le mieux. 

Masques, tournois, jeux me sont ennuyeux,
Et rien sans toi de beau ne me puis peindre
Tant que, tâchant à ce désir éteindre,
Et un nouvel objet faire à mes yeux, 

Et des pensers amoureux me distraire,
Des bois épais suis le plus solitaire.
Mais j’aperçois, ayant erré maint tour, 

Que si je veux de toi être délivre,
Il me convient hors de moi-même vivre ;
Ou fais encore que loin sois en séjour.

Louise Labé

Un de mes sonnets préférés. Les préoccupations n’ont guère changé depuis le 16e siècle.

Ses mots

Ses mots sont des messages d’amour
De ceux qui ne meurent jamais
Elle les prend un par un
Pour les ouvrir délicatement
Comme des cadeaux précieux
Aux fruits sauvages qui se déchirent de bonheur
Chacun de ses mots renferme son univers
Qu’elle rêve de découvrir un peu plus profondément
A chaque lecture et relecture
Alors elle les regarde et les admire sans fin
Elle en imprègne son cœur de mille tampons invisibles
Comme autant de premiers envols de papillons éphémères
Elle les porte comme des douceurs et des baisers autour de son cou et de son coeur
Elle en a déjà des milliers qui flottent dans le sillage de son âme

Emmanuelle de Dardel, 13 05 2023, 5h38

Mes vers fuiraient, Victor Hugo

Mes vers fuiraient, doux et frêles,
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’oiseau. 

Ils voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’esprit. 

Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient nuit et jour,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’amour. 

Victor Hugo

Paris, 22 mars 1841

Victor Hugo, Les Contemplations, Paris, Bordas, 1984, p. 77
{Il s’agit d’un de mes premiers livres de poésie}

Lumière pure

Cette nuit
J’ai dormi sur ton nuage
Il est doux et tendre
Comme une neige de pétales

Je me réveille d’un long sommeil
Qui a duré près de 10 ans
Où étais-tu pendant ce temps
Que faisais-tu si loin de moi

L’orage est passé
Le printemps t’appelle
La vie est ailleurs
Dans ta lumière pure

Samedi 13 mai 2023, 6h47

Au pays de la poésie

Au pays de la poésie

La neige devient caresse

Et le froid reste doux

Même l’hiver

Le vent se transforme en ami

Et démêle tes pensées

Les ouragans libèrent les mensonges

Le parfum des fleurs s’envole jusqu’à toi

Que tu puisses en cueillir l’essence

Et la porter dans ton âme

Comme un message à toi-même

Les lettres d’amour sont des couvertures de nuages éternels

Tendres, douces et légères

Tu t’y loves pendant la nuit qui dure une vie

Les colliers sont des baisers profonds et langoureux

Et les écharpes s’envolent

Pour laisser apparaitre les cœurs purs

Emmanuelle de Dardel, 22 05 2023

Autrement

Un peu de lumière

Au-delà des apparences

Réapprendre à voir

Emmanuelle de Dardel, 19 05 2023

Des poétesses

Sitôt dit sitôt fait, maintenant qu’elle a rassemblé sa bibliothèque de poésie en un seul endroit, puis qu’elle a classé ses livres par genre d’auteur, elle a bien pris conscience du fait que les poétesses sont rares. Depuis qu’elle écoute son intuition de manière plus franche, elle n’est pas déçue. Au contraire, son monde est secoué dans tous les sens.

Cette intuition ne va que rarement dans le sens convenu. Elle n’est ni agréable, ni facile à suivre. C’est comme ça qu’elle sait qu’elle doit l’écouter. Pour sortir de sa zone de confort, comme ils disent. Plutôt pour découvrir d’autres aspects et avancer en conscience (rattraper son retard diraient les mauvaises langues, bien trop nombreuses à son goût, n’ont-elles rien d’autre à faire ?). Et quand elle ne l’écoute pas, les mots reviennent danser dans sa tête, jusqu’à ce qu’elle agisse.

C’est comme ça qu’elle a décidé de rassembler ses livres de poésie. Son intuition lui disait tout à coup qu’il fallait le faire. Elle se souvenait aussi de cette écrivaine, Marie-Eve Tschumi, organisatrice d’un sommet d’écriture pour femmes, qui disait qu’il n’y avait que très peu de Prix Nobel attribués aux femmes : 16 pour 101 hommes.

Elle fait un rapide calcul, les hommes primés sont 6 fois plus nombreux. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, pas besoin d’épiloguer. Elle réfléchit à ce qu’un bouquiniste lui a dit : “peut-être que c’est parce que les femmes écrivent moins de poésie ?” Ou peut-être qu’elles peinent à se faire accepter en tant qu’auteures ? Tout simplement parce que ce sont des femmes ?

Elle en a le cœur déchiré et les mains qui tremblent. D’ailleurs, elle a beau chercher, il ne lui vient que peu de noms de poétesses en tête, mis à part les classiques comme Louise Labé ou Alice de Chambrier – fait amusant, elle habite face à la rue qui porte le nom de cette poétesse, dans son village de Bevaix.

Tous ses livres de poésie sont majoritairement ceux qu’elles a achetés durant ses études à l’Université, agrémentés par ses trouvailles au fil du temps. Ce sont de grands auteurs reconnus et publiés par la prestigieuse maison d’édition Poésie / Gallimard. Hugo, un de ses auteurs préférés. Baudelaire et Rimbaud. Nelligan, qu’elle a découvert il y a peu, le Camille Claudel de la poésie. D’ailleurs Camille est la sœur du poète Paul Claudel. Singuliers destins d’un poète admis à l’Académie française et de sa sœur sculptrice de génie, internée contre son gré les 30 dernières années de sa vie et rejetée par sa famille.

Elle s’égare dans les méandres de sa pensée et de ses préoccupations. Revenons à son programme du jour : passer chez les bouquinistes pour trouver des livres de poétesses. Et flâner un peu en ville, peut-être, à la recherche de ces brins de nouveautés qui éclairent l’existence, comme des petits bouts de laine rouge entre les gens, qui tissent une jolie écharpe de rencontres en rencontres, à chaque fois que l’on se dévoile un peu davantage.

Tiens, sa boutique du livre préférée est ouverte, à la Rue des Chavannes. Pendant longtemps, cette échoppe a été tenue par une femme. Elle aimait bien s’y rendre et trouver des trésors littéraires inattendus. Depuis peu (on parle d’années malgré tout), c’est un homme qui a repris l’affaire et qui l’anime de manifestations littéraires toutes plus colorées les unes que les autres. C’est frais et ça redonne vie à une littérature parfois un peu oubliée. Un poète qui déclame, un écrivain qui lit, c’est peut-être aussi ça l’avenir de la littérature.

Quand on pénètre à l’intérieur, on a l’impression d’entrer dans une caverne d’Ali Baba littéraire. On franchit la porte et on se retrouve dans un très long couloir rempli d’étagères de part et d’autre. Des murs-étagères ou des étagères qui sont devenues des murs, on ne sait plus trop. Bien entendu remplies de livres de tous les genres, cela va de soi, on hésite presque à le dire. La poésie se trouve au début à gauche en entrant, une place de choix.

C’est un peu sombre et cela ajoute encore au mystère de la découverte des livres peu ou moins courants. Quand on parvient au centre névralgique, il y a encore 2 salles pleines de livres. Que de fois n’y a-t-elle pas attrapé un ouvrage oublié ou jamais lu. Elle sait qu’elle a plus de plaisir à lire un livre déjà aimé (ou détesté peut-être). Elle le sauve et préserve la planète aussi comme ça.

Elle a déniché quelques nouveaux livres de poésie, mais peu de poétesses. C’est vraiment le reflet de la société. Elle decide alors de se rendre dans l’autre boutique de livres, plutôt des anciens et recherchés. Le constat est identique, il faut chercher les poétesses avec une loupe de géant. Elle repart malgré tout avec un joli butin : des recueils de poésie de Mousse Boulanger, Pierrette Micheloud (même le correcteur orthographique pense au masculin et ne connaît ni le mot sculptrice, ni le prénom Pierrette), Francine Clavien et une belle édition de 1934 de la poésie d’Alice de Chambrier.

Emmanuelle de Dardel, 21 05 2023

https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/prix-litteraires/nobel-de-litterature-qui-sont-ces-15-femmes-contre-98-hommes-couronnees-depuis-la-creation-du-prix_4133597.html

Aimer

A M. comme Marinette

Aimer

C’est comprendre

Comprendre sans mots

Comprendre par-delà les mots

Comprendre malgré les mots

Comprendre même avec les mots

Comprendre en silence

Comprendre dans l’absence

Comprendre en parlant au-delà des mots

Comprendre en dialoguant avec l’âme

Comprendre depuis toujours

Comprendre et accepter

Comprendre inconditionnellement

Aimer c’est comprendre l’âme sans mots

Aimer c’est Comprendre

Emmanuelle de Dardel, 20 05 2023

Lumière ténue

Plonger dans la solitude
Nager dans la tristesse
Se noyer dans le désespoir
Sombrer
Perdre pied
Ne plus respirer
Et apercevoir enfin
Les gens et les choses sous leur vrai jour
S’accrocher alors
A la lumière ténue
De l’étoile lointaine
Qui brille encore un peu
La seule qui compte
La sienne propre
Au cœur de son âme

Emmanuelle de Dardel

Pourquoi ?

Pourquoi j’écris ? Car les mots s’amoncellent dans ma tête, comme la végétation dans un jardin à l’abandon. Une végétation explosive, qui devient de plus en plus belle par et pour elle-même, avec mille racines, enchevêtrements et floraisons inattendues. Alors je déplie chaque feuille et chaque fleur l’une après l’autre, comme des mots tout froissés par l’oubli et l’inattention, puis j’en fais des colliers de nuages, sur lesquels je pars en poésie.

Emmanuelle de Dardel

à propos

les rêves et les espoirs sont les plus beaux poèmes

Je m'appelle Emmanuelle de Dardel et je suis écrivaine publique, enseignante primaire diplômée, poétesse et artiste.

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