poésies

La vie

Pensées obscures

Des drames en cascade

Des espoirs brisés

Des rêves ensevelis

La vie fait son œuvre

Elle détruit sans vergogne

Tout ce qui n’est pas fondé

Dans le cœur des hommes

Tout ce qui n’est pas authentique

Dans l’âme des femmes

Emmanuelle de Dardel

Jonquilles

Dans tes jonquilles

L’espoir se cache la nuit

Et renaît le jour

Emmanuelle de Dardel

Entendu récemment en librairie, d’une femme

Il y a quelques jours, j’ai réalisé que ma collection de livres de poésie était principalement masculine. A ce propos, lisez mon texte Des poétesses sur mon blog, où je mentionne ce qui m’a aidée à en prendre conscience. A la suite de cela, j’ai fait quelques visites littéraires dans les bouquineries et les librairies de ma ville. 

Aujourd’hui, le sujet de ce post est ma récente interrogation en librairie. Je me suis arrêtée devant le rayon de littérature contemporaine, pour avoir un aperçu. Et une femme d’un âge certain était là. Elle était probablement déjà arrière-grand-mère. Sa peau fine toute ridée était charmante et j’ai eu envie de lui adresser la parole. 

Elle s’apprêtait à prendre un livre d’Annie Ernaux, Prix Nobel de littérature 2022. J’ai approfondi la discussion et j’ai découvert que mon interlocutrice en avait assez de toutes ces femmes publiées. De son avis et de ceux de son entourage, il y a beaucoup trop d’autrices aujourd’hui. 

Il va de soi que je suis restée interloquée, ne sachant que répondre à une telle énormité. Puis, j’ai réalisé que c’est peut-être l’ascendant des hommes qui lui manque. Ou alors qu’elle est tellement habituée à ne lire principalement que des hommes qu’elle ne réalise pas l’inégalité actuelle ? 

Emmanuelle de Dardel

Zone libre, Aragon

Fading de la tristesse oubli
Le bruit du cœur brisé faiblit
Et la cendre blanchit la braise
J’ai bu l’été comme un vin doux
J’ai rêvé pendant ce mois d’août
Dans un château rose en Corrèze 

Qu’était-ce qui faisait soudain
Un sanglot lourd dans le jardin
Un sourd reproche dans la brise
Ah ne m’éveillez pas trop tôt
Rien qu’un instant de bel canto
Le désespoir démobilise 

Il m’avait un instant semblé
Entendre au milieu des blés
Confusément le bruit des armes
D’où me venait ce grand chagrin
Ni l’œillet ni le romarin
N’ont gardé le parfum des larmes 

J’ai perdu je ne sais comment
Le noir secret de mon tourment
À mon tour l’ombre se démembre
Je cherchais à n’en plus finir
Cette douleur sans souvenir
Quand parut l’aube de septembre 

Mon amour j’étais dans tes bras
Au-dehors quelqu’un murmura
Une vieille chanson de France
Mon mal enfin s’est reconnu
Et son refrain comme un pied nu
Troubla l’eau verte du silence

Louis Aragon, Le Crève-coeur, Le Nouveau Crève-coeur, Paris, Poésie / Gallimard, 1946, p.52

Art brut

Art brut

Un trou à l’oreille

Un gouffre dans le cœur

Un abîme dans mon âme

Les émotions s’entrechoquent

Des piles et des piles s’entassent

Jour après jour

Les vagues débordent et coulent

Je fonds dans la mer intérieure

Aucun lavage possible

Tout recouvre ce qui est déjà là

Je vis dans une planète d’émotions

Impossible d’oublier

Les gens parlent et rigolent

Sur la terrasse ombragée

Au cœur de Lausanne

A côté de l’Art Brut

Mais je n’oublie pas

Les catastrophes de la vie continuent

Les rouages sont bloqués

Par de petits cailloux invisibles

La révolution croque et craque

Allergie aux changements

Les habitudes ont la vie dure

Les normes régissent le tout

L’heure tourne

L’heure tourne sans arrêt

Perte d’équilibre

Emmanuelle de Dardel 27 05 2021

Déchiqueté

Cœur déchiqueté

Par tes mains insensibles

Comme une charogne

Champ de la passion

Amour fragile et puissant

Ce coquelicot

Frêle coccinelle

Perdue sur une ortie

Son âme en paix

Etoile égarée

Le chemin de l’infini

Et tous les possibles

Emmanuelle de Dardel

Grappes

Grappes de fleurs blanches 

Elles entrent par la fenêtre 

Comme de petits anges 

Emmanuelle de Dardel