poésies

se parler

se parler

on ne pourra bientôt plus se parler

enfermés dans notre monde

incapables d’écouter l’autre

persuadés d’avoir raison

se décentrer est la clé

– Emmanuelle de Dardel

©️ poésie et photographie



Merci à Juan Pablo Guterriez pour sa conférence sur la biodiversité des autochtones, au musée d’histoire naturelle de Neuchâtel avec la bibliothèque vers un futur heureux. Ils ne sont que 4% et possèdent 80% de la biodiversité, convoitée par toutes les grandes puissances.

Lettre ouverte

Lettre ouverte

Cher Monsieur Jean S.,

Permettez-moi de vous adresser cette lettre ouverte. Aujourd’hui, nous apprenons qu’une poétesse a reçu le Prix Nobel de littérature 2024. J’emploie à dessein le mot poétesse, qui désigne le poète de sexe féminin. Lorsque nous nous sommes rencontrés, lors de votre conférence sur les poètes francophones, en février 2024, j’ai lu votre feuille de route et vous ai dit doucement : « il n’y a pas beaucoup de femmes ». Ce à quoi vous m’avez répondu : « oh vous savez, il n’y a pas beaucoup de femmes qui écrivent de la poésie« .

Cela fait plus de 6 mois et j’en reste profondément indignée. L’humanité compte autant d’hommes que de femmes pourtant et cela fait longtemps que les femmes sont actives dans le monde. Nous sommes ingénieures, conductrices, banquières, professeures… Et nous écrivons aussi. Beaucoup de poétesses ont laissé des poèmes aussi inoubliables que ceux de Baudelaire et Rimbaud.

Connaissez-vous Pernette du Guillet, Louise Labé, Marceline Desbordes-Valmore, Madame Ackermann, Catherine Pozzi ? Elles figurent dans l’Anthologie de la poésie française, d’André Gide, bibliothèque de la Pléiade, éditions Gallimard, 1949. 5 poétesses pour 72 poètes. C’est à peu près le même ratio pour les Prix Nobel de littérature.

Pourtant le monde littéraire foisonne de poésies composées par des femmes. Andrée Chedid en fait partie. Il y en a beaucoup d’autres, dont les noms sont malheureusement moins connus, occultées par ce je ne sais quoi, cette idée qu’une poétesse est moins douée qu’un poète. Alors de grâce, la prochaine fois que vous parlerez poésie, parlez aussi des poétesses. Les petites filles du monde entier vous souriront – qu’elles soient vos filles, vos petites-filles ou qu’elles vous soient étrangères. Et un sourire vrai vaut toutes les poésies.

Emmanuelle de Dardel

Edit : Merci à Marie-Eve Tschumi pour son article édifiant sur l’attribution des Prix Nobel.

NB. Prenez un moment pour lire un de mes poèmes préférés, de Sylviane Dupuis, une poétesse contemporaine.

Allégorie du poète

Tel l’empereur, chimérique

collectionneur d’emblèmes,

il se fabrique un jardin

de mots

pour y déverser l’univers

et désignant du doigt

l’invisible,

veille à l’occulte alternance

de l’eau, de la fange et

du ciel.

Sylviane Dupuis

Han Kang, Prix Nobel de littérature 2024, librairie Mollat, https://commons.m.wikimedia.org/wiki/File:Han_Kang_-_2017.png
sexe faible

sexe faible

à son insu

ils l’ont violée

encore et encore

à son insu

il l’a abusée chimiquement

les violences indétectables

à son insu

il a fait comme si de rien n’était

mi-ange mi-démon

au vu et au su de tous

elle porte le procès haut et fort

quel est le sexe faible ?

– Emmanuelle de Dardel

© poésie et photographie

déjà

déjà

c’est déjà l’automne

ils s’installent sur les branches

face à la fenêtre

et puis chantent en chœur

pour nous dire au revoir

avant de s’envoler

d’un coup

et éparpiller leur joie

comme des nuées d’amour

– Emmanuelle de Dardel

(c) poésie et photographie

En traversant la Suisse en train
elle

elle

Pour R.

elle attrape le soleil

en plongeant sans peurs

dans tes yeux vert d’eau

comme un lac en automne

– Emmanuelle de Dardel

(c) poésie et photographie

métamorphose

métamorphose

encore une corolle

de feu et d’or

au-dessus des montagnes

et autour de nous

le soir en septembre

l’été se métamorphose



– Emmanuelle de Dardel

(c) poésie et photographie

la poésie

la poésie

la poésie ne s’achète pas

elle vient du cœur

ou de l’âme

nul ne le sait

c’est un chemin

son seul mérite est d’exister

et pourtant elle transforme des vies



– Emmanuelle de Dardel

©️ poésie et photographie

ouverture

mille petits papiers

naviguent dans ton âme

et s’effacent à l’horizon

de ton cœur

translucide



– Emmanuelle de Dardel

de ton coeur

de ton coeur

un jour de juin, photographie personnelle (copyright)

la porte de ton cœur

brûle à chaque rencontre

à l’ombre de l’authentique

et de la gentillesse

– Emmanuelle de Dardel

dans le reflet

dans le reflet

dans le reflet de ton âme

les nuages dansent

sur l’onde sans fin

quelques vaguelettes

s’émerveillent doucement

le temps d’un oubli

– Emmanuelle de Dardel