poésies libres

Un ou deux fragments

Vous faites quoi ?

Elle aurait voulu répondre qu’elle créait des mots parfois. Et qu’elle en faisait aussi des poésies. Des poésies qui parlent des relations, de l’amour, de la nature et de la transmutation des souffrances. Des poésies du silence qui passe comme le temps. Des nuages aussi, ces petits êtres malicieux qui ressemblent aux fées et aux elfes, et qui se transforment à loisir dans le ciel de la vie. Et puis elle aurait pu lui raconter qu’elle tombe dans les étoiles quand elle saute.

Les étoiles qui l’accompagnent jour et nuit, quand elle écrit son âme et son coeur.

Au lieu de cela, elle lui a juste dit qu’elle n’avait pas fait grand chose ce jour-là, qu’elle avait écrit un ou deux fragments en venant.

Emmanuelle de Dardel

il lui reste

il lui reste un ou deux soleils

par-delà la brume

imperceptible et sans fin

le froid perpétuel des hivers

de montagne

les silences qui parlent davantage 

aux âmes et aux cœurs

il lui reste un ou deux soleils

– Emmanuelle de Dardel

©️ ✍️

dans un sourire

à une voyageuse du 8 mars

avec ses grands yeux verts

aux mille étoiles d’argent

elle observe le monde

au bout de son âme

d’un air détaché

prête à tout

accueillir

dans un

sourire

– Emmanuelle de Dardel

au dépourvu

prise au dépourvu

elle n’a pas su quoi répondre

a bafouillé

s’est égarée sur le chemin

et les mots se sont évadés

de son coeur

pris en otage par

sa douceur

elle ne les a jamais revu

– Emmanuelle de Dardel

tu n’es plus là

tu n’es plus là

à mon anti-amoureux


tu n’es plus là

pour user de moi

et je me sens mieux

libérée des dix mille fureurs 

que tu ne voulais infliger qu’à moi

en peaufinant ton masque d’homme parfait

Emmanuelle de Dardel

8 mars, journée internationale des droits des femmes



Marina Abramovic, rétrospective au Kunsthaus Zürich
de l’amour

de l’amour

beaucoup prennent

et peu donnent

ainsi va le monde

ainsi va la vie

il nous reste l’amour

heureusement



seulement

s’il n’est ni feint

ni mû par l’abus

le contrôle ou la jalousie

s’il ne s’offusque ni des refus

ni des pensées ni des valeurs



un amour qui réchauffe

quand la nuit se prolonge

où l’on peut être soi-même

sans peurs sans jugements

où l’on peut se parler

et s’écouter avec respect



un amour libre

qui n’exige rien

qui n’attend rien

que le bonheur

la sécurité de l’autre

et qui offre avec générosité



un amour désintéressé

présent dans le malheur

comprend en peu de mots

résiste au temps

calme corps esprit et âme

un amour serein et tendre

Emmanuelle de Dardel

Ferdinand Hodler, Kunsthaus Zürich

prisonniers

tes mots prisonniers

on ne les entend pas

ils sont inaudibles

incompréhensibles

ils frappent pourtant

ton corps à chaque

battement

ils veulent parler

mais on ne les entend pas

on ne les veut pas

Emmanuelle de Dardel

aphorisme

beaucoup prennent

et peu donnent

ainsi va le monde

ainsi va la vie

il nous reste l’amour

heureusement

Emmanuelle de Dardel

au bord

au bord

au bord du gouffre

au bord du monde

elle a déjà sauté

si souvent

pour cueillir des étoiles

pour naviguer sur les nuages

pour trouver son soleil

pour écrire en paix

pour chanter dans la forêt

pour partir loin de toi

pour dormir ailleurs

pour danser pieds nus

pour écouter ton âme

pour repeindre les arcs-en-ciel

et créer de nouvelles étoiles

quand les hommes puissants

s’acharnent innocemment

à détruire des vies

à détruire le monde

– Emmanuelle de Dardel



Tableau de Friedrich Dürrenmatt, au Centre Dürrenmatt Neuchâtel
comment

comment

sommes-nous semblables

on aimerait le croire

cela serait si simple

rassurant

plein de promesses



ou plutôt très différents

des êtres aux passions renouvelées

qui ne peuvent pas se parler

de peur de s’ouvrir

d’aviver les plaies



comment reconnaître les âmes

aux mêmes élans

aux mêmes sensibilités

au milieu d’apparences

et de faux-semblants

– Emmanuelle de Dardel


Photos d’une installation vidéo : Hwayeon Nam, Ripple Against Waves, 2019, CAN Centre d’art Neuchâtel

https://can.ch/project/ripple/