poésies

Insensiblement

J'enfile ces mots 
Sur la route de ton âme
Pour te rencontrer
Le poids du silence
Un volcan inanimé
Au centre du corps
Ton autre est toi
Ton autre est moi
Ton autre émoi
Le poids du silence
Qui empêche d'être soi
Dans un monde obscur
Le poids du silence
Ton âme s'efface
Insensiblement

Le voyage retour

Le voyage retour s’annonçait intéressant et stimulant. Le train était plein, même en classe affaires et j’étais aux premières loges pour participer indirectement à toutes les interactions. Les gens fixés sur leur téléphone intelligent n’étaient guère surprenants. La discussion entre voisins était agréable. Celui à ma droite corrigeait les rapports ou mémoires de ses étudiants. J’ai d’ailleurs hésité à lui demander dans quel domaine il travaillait. Pas par curiosité mal placée, plutôt pour manifester mon intérêt. Peu de gens sortaient de l’ordinaire, si ce n’est cet homme habillé à la mode des années 70 et tout juste retraité de son poste de professeur d’art dramatique. C’est à la toute fin du voyage qu’il a révélé son côté subversif, en tirant de sa malette des trésors sans nombre, et en réalisant un maquillage outrancier fait à la va-vite, de gros sourcils peints en gris souris, des pommettes grossièrement soulignées de rose, du gloss rose tendre étalé sur les bras, sans oublier sa perruque aux longs cheveux filasses rarement soignés retenus par un bandana psychédélique aux tons orange et brun assorti à sa tenue. Il ne se doutait pas que je pouvais l’observer du coin de l’œil par les fenêtres du train jaune, qui se faisaient miroir magique alors que la nuit commençait à tomber. C’est alors que j’ai empoigné mon propre téléphone intelligent, l’air de rien, pour y noter cet épisode d’un trait, me laissant emporter par la grâce de cet instant peu commun, entre l’ordinaire évident d’un voyage en train et la succession improbable de personnalités attachantes avec qui j’aurais voulu continuer le voyage de la vie.

Aie confiance

"Aie confiance 
Crois en moi" 
Ne plus jamais écouter 
Tes paroles sans valeur 
Tes promesses sans fondements 
Juste des faire-valoir 
Pour tromper l'autre 
Et profiter de lui 
Oui je l'ai bien vu 

Impossible

Entre hiver et printemps
Il existe une saison 
Où tout peut basculer 
Si l'on n'y prend pas garde

Cette saison de l'amour abusif 
Arrive en toute innocence 
De la manière la plus feinte 
Comme dans le meilleur des mondes 

Après les baisers, les voyages et les déclarations 
Viennent les coups, les mensonges et les viols 
Impossible de partir, l'âme est tétanisée par la peur 

Impossible de partir, on aime à la vie à la mort 
Impossible de partir, on a déjà tout perdu 
Impossible de partir, il n'y a plus personne

Impossible de partir, on ne sait plus dire les choses

* Je suis partie en 2014, il y a 8 ans *